Analysez vos accidents !
Le 2 décembre, l’INRS a organisé une journée technique en ligne dédiée à l’analyse des accidents du travail. Objectif : comprendre comment éviter leur répétition. Quelle que soit leur taille, les entreprises sont invitées à s’inscrire dans une démarche collective et structurée, au cœur de leur stratégie de prévention. Bonne nouvelle, de nombreux acteurs et outils existent pour les accompagner, ont souligné les experts réunis à l’occasion de cette journée et dont les différentes interventions sont accessibles en ligne.
En préambule, Pierre Fel, ingénieur conseil à la Cnam, a rappelé que le nombre d’accidents demeure élevé : plus de 700 000 chaque année, dont 764 mortels en 2023. Pour Séverine Brunet, directrice de l’INRS, les drames au travail ne sont jamais inéluctables. L’enjeu n’est donc pas de minimiser ou dissimuler ces événements, mais d’en tirer des enseignements concrets afin de renforcer durablement la prévention.
Une méthode en sept étapes
Anne-Sophie Valladeau, expert-conseil en gestion des risques professionnels à l’INRS, a tenu à rappeler que selon le code de la Sécurité sociale (article L.411-1), un accident du travail correspond à tout événement soudain survenu dans le cadre professionnel entraînant une atteinte à la santé. Cela inclut les accidents sur les trajets, en déplacement, en formation ou en télétravail. L’entreprise doit donc tirer de chaque événement des enseignements utiles pour ajuster notamment son Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
L’INRS propose une méthode claire en sept étapes : signalement et déclaration, constitution d’un groupe d’analyse, collecte d’informations, recherche des causes, définition d’actions correctives, retour d’expérience, puis suivi et évaluation des mesures mises en œuvre.
Responsabilités et enjeux
L’objectif est d’éviter toute répétition d’accident, mais aussi d’améliorer le fonctionnement global de l’entreprise à travers l’observation du travail réel. Comme le souligne dans son intervention la juriste de l’INRS, Jennifer Shettle, l’employeur a une obligation légale d’assurer la sécurité de ses salariés (article L.4121-1 du Code du travail). En cas de manquement, sa responsabilité civile ou pénale peut être engagée, notamment en cas de faute inexcusable.
Les enjeux dépassent le cadre juridique. Ils sont aussi économiques, sociaux et humains. Dans le secteur de la propreté, par exemple, la fréquence des accidents diminue, mais leur durée moyenne dépasse désormais 100 jours. Nicolas Bachellerie, chef de projet prévention au fonds Fare propreté, a insisté sur le fait que ces événements pèsent lourdement sur les coûts, la productivité et la fidélisation du personnel. La prévention devient ainsi un atout stratégique pour la performance globale et la compétitivité.
Les « presqu’accidents » aussi…
Les incidents sans blessure immédiate méritent eux aussi une analyse attentive. Théo Agaud, responsable QSE chez Socafl, souligne qu’ils offrent une photographie fidèle du terrain et permettent d’anticiper des situations à risque. L’entreprise a adopté une méthode en cinq étapes : cadrage du projet, implication du personnel, mise en place d’un outil de signalement simple, création d’un circuit d’analyse et diffusion des enseignements. Grâce à une application interne, chaque salarié peut déclarer un incident, facilitant la centralisation et l’analyse rapide des causes. L’enjeu, insiste-t-il, est d’identifier les failles et non de désigner des coupables, afin de renforcer la culture de sécurité collective.
Les acteurs de la prévention
Le préventeur d’entreprise – qu’il soit responsable QSE, technicien HSE ou coordinateur sécurité – joue un rôle clé dans cette stratégie. D’après une étude menée par l’INRS, les pratiques varient, mais certaines faiblesses persistent : analyses limitées, exploitation partielle des résultats, ou manque de lien avec le DUERP. Toutefois, nombre de préventeurs font preuve d’un fort engagement, développant des outils adaptés et favorisant le partage d’expériences.
Les Carsat complètent ce dispositif en menant des enquêtes sur les accidents graves et en soutenant les entreprises dans la construction de leur système de prévention. Enfin, les services de santé au travail restent essentiels, notamment pour les PME qui peuvent solliciter des équipes pluridisciplinaires pour le suivi et le maintien dans l’emploi après un accident.
Ainsi, l’analyse des accidents du travail n’est pas seulement une obligation réglementaire : c’est un puissant levier de progrès collectif, favorisant la sécurité, la performance et la pérennité de l’entreprise.
Photo d’illustration © Getty Images




